Santé

Age : La quarantaine, une crise inévitable ?

vigentte crise de la quarantaine
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Doutes, remises en cause, envies de tout recommencer : le milieu de la vie est souvent une période de crise. Comment elle influe sur le moral ou la forme physique, comment s’en sortir, comment l’utiliser pour rebondir ?


La crise de la quarantaine, clichés et tabous

Doutes, remises en cause, envies de tout recommencer : le milieu de la vie est souvent une période de crise. Comment elle influe sur le moral ou la forme physique, comment s’en sortir, comment l’utiliser pour rebondir ?

« C’est tout à fait à l’improviste que nous arrivons au midi de la vie ; pis encore, nous l’atteignons armés des idées préconçues, des idéaux, des vérités que nous avions jusqu’alors. Or, il est impossible de vivre le soir de la vie d’après les mêmes programmes que le matin, car ce qui était alors de grande importance en aura peu maintenant et la vérité du matin sera l’erreur du soir » : difficile de résumer plus simplement les causes et symptômes de ce que la psychiatre Francoise Millet-Bartoli nomme dans son ouvrage « la crise du milieu de la vie », expression calquée de l’anglo-saxon middle age crisis. Crise ? Le mot est associé à l’idée d’un bouleversement dramatique. On pense d’emblée à la ménopause pour les femmes et, pour les hommes, au démon de midi et aux clichés qui s’y rattachent. Rien de cela n’est entièrement faux, à condition d’ajouter qu’une crise n’implique pas forcement une catastrophe et qu’elle évolue parfois vers une issue salutaire. La romancière Christine Singer décrit nettement ce parcours: « J’ai quarante ans et je crois cet âge bien choisi. J’ai derrière moi un long chemin parcouru et devant moi la route est plus longue encore (…) Jamais je n’ai été plus consciemment hardie, si férocement vivante, plus claire d’esprit, plus hardie de corps. » Notion relativement récente, l’expression crise du milieu de la vie (CMV) est apparue au début des années 1960. Elle est définie comme une période instable déterminée par la prise de conscience douloureuse du vieillissement et de l’inéluctabilité de la mort. C’est entre quarante et cinquante ans que la frontière semble se situer. Déjà, Simone de Beauvoir rappelle les échelons de la compensation pécuniaire exigée chez les anciens Germains en cas de meurtre : 150 sous d’or pour un garçon de 15 à 20 ans, 300 pour un homme de 20 à 50 ans, mais seulement 200 entre 50 et 65 ans, et 100 au-delà. La CMV a bien sûr des causes physiologiques : notre cerveau, après une longue phase de croissance puis une relative phase de stabilité, subit un processus de détérioration au cours du vieillissement. Dans ce processus, l’hygiène de vie et l’alimentation jouent un rôle prépondérant. L’alcool, notamment, possède une haute toxicité neurologique et accélère le processus de dégradation.

Le syndrome du nid vide

Mais souvent, la CMV est aussi assimilée à une crise d’adolescence à retardement : « J’aurais mieux fait de faire une bonne crise d’adolescence », déclare telle mère de famille de 40 ans. De fait, beaucoup de victimes de la CMV ont eu une adolescence marquée soit par l’absence de crise, soit par la survenue d’une dépression. Ils ont eu avec leurs parents une relation d’étroite dépendance ou, au contraire, ont vécu une insuffisance d’attachement, livrés à eux-mêmes par des parents absents ou distants. D’ailleurs, la mort des parents est souvent un facteur déclenchant : un sentiment de protection qui s’effondre et pour la première fois, c’est le moment où on se sent adulte, où il faut abandonner l’enfance. Le départ des enfants en est un autre : c’est le « Syndrome du nid vide » (Empty Nest Syndrome) ; celui-ci concerne principalement les femmes qui ont surinvesti leur fonction maternelle et sont confrontées au vide existentiel au moment où les enfants quittent la maison. Enfin, la question de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée se pose souvent avec une acuité nouvelle à l’approche de la quarantaine. L’impression prédominante est souvent celle d’un travail qui ne procure plus suffisamment de gratifications personnelles et déborde sur la vie privée ; après des années de travail forcené surgit, souvent à la faveur d’un accident de santé, l’angoissante question du sens à donner à sa vie. Pour certaines femmes, la quarantaine pose plutôt la question du renoncement : celles qui ont interrompu leur carrière pour élever leurs enfants et le regrettent, ou inversement.

L’Alliance nationale pour une disparition heureuse

Une équipe de scientifiques a entrepris de répertorier les symptômes de la CMV : difficultés à établir une priorité dans ses valeurs ; orientation vers le passé supérieure au futur et manque de buts dans l’avenir ; sensation d’oppression par le temps ; introversion et manque d’ouverture face aux expériences nouvelles. Cette définition masque cependant l’essentiel : tandis que le mot crise suggère un épisode spectaculaire et violent, dans la majorité des cas, les individus touchés se contentent de réorganiser leur existence après un temps de doute et de prise de distance. Voilà ce qu’exprime l’une de ses victimes, âgée de 43 ans : « A 20 ans, j’avais l’impression que tout pouvait changer, je pouvais imaginer d’autres vies possibles. Maintenant, quand je pense à l’avenir, je ressens un malaise indéfinissable, l’impression que l’avenir est derrière moi. » Il y a pourtant des solutions. Démarrer une thérapie en est une. Un homme d’affaires milanais en a trouvé une autre. Avec des slogans tels que « Payez-vous une deuxième vie », « Partez sans laisser de traces », « Fuyez, c’est votre droit », il s’est spécialisé voici quelques années, et de façon tout à fait officielle, dans la disparition volontaire organisée : moyennant une – coquette – somme, il organisait non seulement des voyages aller-simple vers des pays exotiques, mais une nouvelle vie en fonction des aspirations de ses clients. Le nom de son agence ? L’Alliance nationale pour une disparition heureuse...

La crise du milieu de la vie, Francoise Millet-Bartoli, Odile Jacob, 214 pages.

 
28/09/06 par : Elisabeth Lequeret

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