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Europe : vers une bibliothèque numérique
Après les Etats-Unis, c’est au tour de l’Europe de numériser les fonds des grandes bibliothèques. Le président en exercice de l’Union européenne, Jean-Claude Juncker, vient de se prononcer de manière concrète en faveur de la création d’une bibliothèque numérique européenne. Il s’agit de contrer le gigantesque projet du moteur de recherche américain Google qui a annoncé fin 2004 la numérisation d’une quinzaine de millions d’ouvrages issus de cinq grandes bibliothèques anglo-saxonnes.
Une bibliothèque numérique pour l’Europe
Après les Etats-Unis, c’est au tour de l’Europe de numériser les fonds des grandes bibliothèques. Le président en exercice de l’Union européenne, Jean-Claude Juncker, vient de se prononcer de manière concrète en faveur de la création d’une bibliothèque numérique européenne. Il s’agit de contrer le gigantesque projet du moteur de recherche américain Google qui a annoncé fin 2004 la numérisation d’une quinzaine de millions d’ouvrages issus de cinq grandes bibliothèques anglo-saxonnes.
L’Europe est un peu en retard dans le domaine de la numérisation du patrimoine écrit, mais le processus pourrait s’accélérer sensiblement dès les prochains mois. Après un lent démarrage, le Vieux Continent se mobilise. Intervenant dans le cadre des « Rencontres pour l’Europe de la Culture », le président en exercice de l’Union européenne a dit « oui » à une bibliothèque numérique européenne. Le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker s’est dit convaincu de la nécessité d’accélérer la numérisation des grandes bibliothèques: « Je dis "oui" parce que l’Europe ne doit pas se soumettre devant la virulence de l’attaque des autres. »
Cette initiative est chère à Jacques Chirac et au président de la Bibliothèque nationale de France (BNF), Jean-Noël Jeanneney, très soucieux de proposer une alternative au projet pharaonique de l’américain Google de mettre en ligne d’ici 2015 une quinzaine de millions d’ouvrages. En décembre 2004, le leader de la recherche sur le Net a passé un accord avec les bibliothèques des universités américaines d’Harvard, de Stanford, du Michigan, l’université britannique d’Oxford et la Bibliothèque de New York. Au total, ce sont près de 4,5 milliards de pages qui seront disponibles sur les répertoires de Google. Le tout pourrait prendre dix ans, pour un coût estimé entre 150 et 200 millions de dollars.
Une opération anti-Google
La France a été le premier pays à réagir par la voix du président de la BNF. Jean-Noël Jeanneney avait appelé fin janvier 2005 à une « contre-attaque » européenne pour faire face à l’offre massive de « Google Print ». Selon lui, ce projet risque d’aboutir à « une domination écrasante de l’Amérique dans la définition de l’idée que les prochaines générations se feront du monde ».
L’appel du patron de la BNF a été entendu par le président français Jacques Chirac qui a proposé la création d’une bibliothèque numérique européenne. Avec le concours de cinq autres pays (Pologne, Allemagne, Italie, Espagne et Hongrie) et de 19 grandes bibliothèques nationales, la France a demandé la semaine dernière aux instances de l’Union de prendre « appui sur les actions de numérisation déjà engagées par nombre de bibliothèques nationales, pour les mettre en réseau et constituer ce que l’on pourrait appeler une bibliothèque numérique européenne. » Reste à trouver les financements à la hauteur d’une telle ambition. Pour que des projets de ce type puissent se réaliser, Jean-Claude Juncker a appelé à sortir le budget culturel de l’UE (soit 0,12 % du budget européen) de « sa médiocrité », le qualifiant d’ « insignifiant ». La numérisation du patrimoine européen – audiovisuel et écrit – nécessite des technologies adaptées au développement desquelles l’UE a consacré 15 millions d’euros depuis 2001. « Nous allons multiplier ces sommes par dix entre 2005 et 2008 », a expliqué la commissaire européenne à la Culture, Viviane Reding, en annonçant notamment que 36 millions seraient consacrés à des projets de recherche, comme à la mise au point d’un moteur de recherche européen. Soixante autres millions d’euros seront débloqués pour la numérisation et la mise en réseau des archives. Le processus de mise en ligne des fonds de bibliothèques pose des problèmes financiers mais aussi juridiques, dans la mesure où les ouvrages qui ne sont pas tombés dans le domaine public sont soumis aux règles du droit d’auteur. Ils devront donc faire l’objet d’accords avec les éditeurs et les ayants droit.
Myriam Berber