Culture
MUSEE DE GRENOBLE : coup double
Nous étions à Grenoble où le musée d’art présente deux expositions, tirées du fonds même de l’institution, séparées l’une de l’autre par de longs couloirs blancs, et si proches cependant à bien des égards : de mêmes lignes originelles enfantent les visages de Matisse et les masques Dan de Cote d’Ivoire, de mêmes géométries assumées dans les cimiers maliens et les « mouvements giratoires » de Vera Molnar.
2 expositions à voir
La sculpture et l’Art graphique, dans ses ardentes variations, si peu connues du public français, hypnotisé d’œuvres picturales, ou de vénérables critiques, témoin ce dernier qui parlait récemment des « burins » de Goya, quant l’Espagnol justement n’en a jamais utilisé (il était un maitre de l’aquateinte), la sculpture et l’Art graphique donc procèdent tous deux du principe créateur du Trait , par delà le désir de couleur, quand le geste, dans son entier accomplissement , rend vaine, sinon impudente, la question même de créativité : se la poser pour y répondre est un acte philosophique certain, mais à bien des égards un contresens artistique, n’en déplaise aux esprits forts.( Nous y reviendrons plus amplement dans une chronique ultérieure)
De Vuillard à Tremlett, tout au long d’un XX e siècle, qui, modifiant le Tout , niera le Rien ( sans même réellement le vouloir semble t’il, emporté qu’il est dans sa spirale iconoclaste schizophrène) l’Art graphique, tel que présenté par le musée, nous conduit, pas à pas, à la révélation de la vacuité du fin de millénaire( et ceci n’est ni un jugement définitif, ni une opinion tranchée, mais un ressenti profond, mélange de vertige, d’angoisse, d’espérance, de colère, d’ironie et de joie).
Quand l’œuvre picturale, techniquement s’entend, se limite bien vite, l’Art graphique nous dévoile ses immenses variantes : aquarelles et gouaches, de Vuillard, Rouault (à qui Strasbourg rendit un splendide hommage en 2006), fusain, graphites, feutres, grattage, de Modigliani, Seinback, Rainer, pastels de Picasso et Aurélie Nemours ( une des si rares pastellistes françaises contemporaines, quant l’Italie en honore plusieurs, et là aussi nous y reviendrons plus tard), collage, photomontage, élévation architecturale même, la richesse du fonds est scintillante.
Et la collection d’art africain plus restreinte. Encore qu’originale dans sa démarche : entre masques cultuels et masques « culturels » elle nous ramène au sempiternel problème de la muséologie ethnographique avec, pour cette fois, une réponse affirmée puisqu’ ’assumée : quand il s’agit de masques ou statuettes de »commandes »( par les fonctionnaires coloniaux) l’absence de puissance liée à la fonction « magique » est compensée par l’individualité de l’artiste , qui, loin de n’en faire qu’une vide copie, puise dans ses propres ressources pour lui redonner âme.
Et là où le « sans titre » de Robert Barry (papier bleu et quelques blancs mots peints) est sans reflet, le grand cimier malien zoo-anthropomorphe, par une incongrue moustache occidentale, s’empare du tangible, la réalité coloniale, le transmute et le fait danser pour l’esprit des morts et le cœur des vivants.
Musée de Grenoble
Chefs- d’œuvre dessinés du XXe siècle
Jusqu’au 25 mai 2008
Collection d’art africain
Jusqu’au 31 août 2008
5, place de Lavalette 38 000 Grenoble
www.museedegrenoble.fr