Culture
Un vent de fraicheur sur une pièce fatiguée
« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées » : si l’on pouvait résumer en une phrase « On ne badine pas avec l’amour », d’Alfred de Musset, ce serait évidemment avec celle-ci.
Mais on ne peut résumer ce chef d’œuvre théâtral en une phrase, alors autant aller le voir, au Théâtre de la Croix-Rousse, jusqu’au 5 octobre, mis en scène par Philippe Faure qui opère ici un vrai retour aux sources du romantisme. Des plus rafraichissants.
On ne badine pas avec l’amour, c’est bien connu. Quant à la pièce de théâtre de Musset qui a rendu l’adage célèbre, elle a été tellement vue et revue qu’elle en paraissait fatiguée, patinée. Et pourtant, Philippe Faure, l’intrépide Directeur du Théâtre de la Croix Rousse, a choisi de s’y attaquer. Le résultat est plutôt réussi : des critiques élogieuses, une scénographie originale et fraîche, et une mise en scène louée pour son inventivité. Le tout, sans renier les bases de ce chef d’œuvre spleenétique.
« On ne badine pas avec l’amour », c’est l’histoire de deux êtres qui s’aiment. Mais comme « le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange », leur amour est corrompu par la jalousie et l’orgueil. En découle un jeu dangereux et malsain qui pervertit ou engloutit jusqu’aux âmes les plus pures. Plus qu’un drame classique, la pièce est une amorce du romantisme fondamental, un regard cynique et désespéré sur la vie et sur les hommes, dans lequel surnage l’espoir, vain mais primordial. « On ne badine pas avec l’amour » est à l’image de son auteur : tiraillé entre débauche et pureté, entre légèreté et gravité.
Mise en scène par Philippe Faure, la pièce devient intemporelle et contemporaine. Les acteurs, tout de noir vêtus, évoluent dans un décor vert-prairie au gazon véritable qui découpe violemment et tendrement leurs silhouettes. L’œil est flatté : le résultat est des plus esthétiques. Et c’est là, au milieu de la verdure, que les personnages vont jouer à des jeux d’amoureux cruels, s’éveiller, devenir adultes par leurs erreurs de jeunesse : l’innocence, la frivolité, le badinage se mêle à la rudesse et à la férocité humaines.
Le Directeur de la Croix Rousse porte sur l’œuvre un regard dépouillé de toutes les manières chichiteuses que l’on attribue aux Romantiques en général et à Musset en particulier. La représentation n’en est que plus abordable, tout à la fois sobre et subtile, fraiche, claire, précise et imaginative. Un vrai retour aux sources du romantisme : de quoi donner envie de redécouvrir une œuvre trop souvent maltraitée.
On ne badine pas avec l’amour, du 1 au 5 octobre au Théatre de la Croix-Rousse, place Joannès Ambre, 90 Grande rue de la Croix-Rousse, 69004, Lyon. Mise en scène Philippe Faure, avec Pascal Carré, Claudine Charreyre, Anne Comte… Tarif unique (et défiant toute concurrence) de 5 euros.
Pour en savoir plus : http://www.croix-rousse.com