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Ambérieu : la maison à 15 euros par jour, vraiment ?
La maison à 15 euros par jour, c’est le grand projet agité par la Ministre du Logement, Christine Boutin. La première de ces maisons verra le jour à Ambérieu. Même écolo, cette maison ne fera pas taire les critiques qui pleuvent sur le projet.
Jean-Louis Borloo avait promis la maison à 100 000 euros, Christine Boutin lance celle à 15 euros par jour. Une offre alléchante en ces temps de crise économique, crise financière, crise du pouvoir d’achat, crise énergétique, crise du logement… et la liste est encore longue. C’est une entreprise de l’Ain qui a été choisie pour construire la toute première de ces maisons. A Ambérieu, d’ailleurs, la construction de trois de ces habitations a commencé. De type T4, avec 86 m2 de surface habitable et 400 m2 de jardin, elles doivent être livrées en décembre, « avant Noël » comme dit la Ministre pour mieux toucher sa cible. Et comme le Grenelle de l’environnement prévoit, d’ici 2020, de diviser par 4 la consommation d’énergie des maisons individuelles, autant s’y mettre dès aujourd’hui. Chaque maison, construite avec des matériaux différents, répond donc déjà aux premières normes écologiques. Mais que lui reproche-t-on ?
Contournement SRU
De nombreuses associations (ATD Quart Monde, la Fondation Abbé Pierre, France Terre d’Asile, les Enfants de Don Quichotte, le Secours Catholique, etc.) contestent déjà le projet de Mme Boutin, arguant qu’il s’agit en fait d’une façon de contourner la loi SRU, ce qui ne résoudra pas le problème du logement, et encore moins celui de la ségrégation spatiale. Car même si elle est réservée à des ménages modestes, elle reste adressée à des propriétaires potentiels. En d’autres mots, elle vise les mieux lotis parmi les pauvres. Et comme la révision de la loi SRU le prévoit, les communes pourront faire passer ces maisons dans leurs quotas de 20% de logements sociaux. Ainsi, pour chaque maison à 15 euros par jour construite, c’est un logement social locatif, comprenez HLM, en moins à construire sur la commune. Une façon d’attirer des ménages pauvres, certes, mais de garder les plus démunis loin des communes qui n’en veulent pas. Soit presque la moitié d’entre elles, puisque selon le dernier pointage, en juillet, seulement 400 des 730 communes de plus de 3 500 habitants possédaient leur 20% de logements sociaux. En d’autre termes, les associations accusent la maison à 15 euros de vider la loi SRU, censée favoriser la mixité sociale, de son sens.
Histoire de chiffres
Une maison à 15 euros par jour, c’est alléchant. 450 par mois, ça l’est déjà moins, puisque ça ressemble déjà plus à un loyer. En fait de maison à 15 euros par jour, une maison qui coûte entre 100 et 120 000 euros, à payer sur presque 40 ans. Réservée aux couples ayant 2 enfants minimum et gagnant entre 1500 et 2000 euros par mois, la maison de Mme Boutin inquiète déjà Jean-Baptiste Eyraud. Le président du DAL mettait en garde en juillet chez un confrère : «On a vu ce que le surendettement avait donné aux Etats-Unis, avec la crise des subprimes.» On se doute qu’avec une faible marge de manœuvre, ces ménages risquent de déchanter au premier coup dur, la perte d’un emploi ou un divorce, par exemple. Et comme les taux de remboursement sont variables, s’ils venaient à augmenter de 3% comme ce fut le cas récemment, les propriétaires verraient leurs mensualités augmenter de 30%. Soit des mensualités de 585 euros par mois. Et la maison passerait directement de 15 à 20 euros par jour. Un peu plus d’un centime par minute, vous répondra Mme Boutin.