Evènements du jour
Police : le mail pas très catholique qui met mal à l’aise
La Direction des Ressources Humaines du Conseil Régional Rhône-Alpes a reçu, voilà deux semaines, un courrier électronique émanant des services de renseignements généraux qui lui demandait des informations quant à ses employés « non-chrétiens ». Un courrier qui devrait avoir quelques conséquences et entraîner quelques sanctions.
« Auriez-vous l'amabilité de m'indiquer si, parmi votre personnel, vous avez des agents de confession autre que chrétienne. Dans l'affirmative, pouvez vous me dire si certains d'entre eux ont demandé des aménagements d'horaires ou de service pour pratiquer leur religion ? » A la Direction des Ressources Humaines du Conseil Régional, on a d’abord cru à une plaisanterie, à la réception de ce courrier pas très catholique. Et pourtant, après vérification auprès de la Direction Départementale de la Sécurité Publique, le mail envoyé le 16 septembre par la police du Rhône, s’est avéré sérieux.
Qu’est ce qui a poussé la Sdig (Sous-Direction de l’Information Générale, créée pour remplacer les RG et la DST) à envoyer cette requête, qualifiée d’ « inadmissible » et « totalement déplacée » par Michèle Alliot-Marie, la Ministre de l’Intérieur ? Les services de renseignements se défendent : ils auraient mené cette enquête à la demande de l’Association des Maires de France. Problème, cette dernière dément catégoriquement. Et la Région nous apprend que d’autres collectivités territoriales auraient reçu le même genre de courrier. Le Directeur de la Direction Départementale de la Sécurité publique (DDSP) du Rhône, Jacques Signourel a indiqué que ce message était peut-être la « conséquence de consignes mal comprises par le brigadier ». Dans ce service, des études sont régulièrement menées « pour informer les autorités de l'Etat sur les domaines économiques, sociaux, sur ce qui concerne les menaces à l'ordre public ou l'évolution des faits de société ». « Des questions peuvent être posées, mais pas sous cette forme ».
Du côté du Ministère de l’Intérieur, évidemment, on nie toute responsabilité et on promet une sanction immédiate pour l’expéditeur du mail. Michèle Alliot-Marie s’indigne et fait savoir qu’elle a « immédiatement saisi le ¨Directeur Général de la Police Nationale pour diligenter une enquête hiérarchique interne dont les résultats doivent lui parvenir dans un délai très bref qui ne doit pas dépasser vingt-quatre heures ». Les résultats doivent tomber au moment où nous écrivons ces lignes. Et les têtes également, puisque l’ex-chef des armées a promis « de tirer toutes les conséquences qui s'imposeraient ».
Mais si les ordres ne viennent pas du Ministère, se pourrait-il que l’expéditeur ait agi seul, et pour quelles raisons ? Dans une interview publiée par LibéLyon, Jean-Jack Queyranne, le Président du Conseil Régional avoue son incrédulité : « personnellement, j'ai du mal à croire que ce type ait agit de lui-même ». Avant d’égratigner la ministre : « il est scandaleux d'imaginer que des collectivités pourraient ficher leurs agents sur des questions religieuses. Selon moi, tout cela se situe dans la droite ligne du fichier Edvige et je remarque que dans le projet de décret qui doit remplacer le précédent pour les fichiers policiers Edvige, la ministre ne revient pas sur les questions religieuses. » Ce dernier a d’ailleurs adressé un courrier à cette dernière, dans lequel il demande des précisions quant à la légalité des fichiers des RG.
Affaire à suivre…