Lyon

Mutilations sexuelles féminines : en finir !

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Un colloque sur les mutilations sexuelles féminines s’est déroulé fin février à la Préfecture du Rhône. Dressant un état des lieux sur des traditions ancestrales qui mutilent les femmes en leur enlevant tout ou partie des organes génitaux extérieurs, les divers intervenants ont mis en évidence l’actualité de ces pratiques tant en Afrique qu’en France, les terribles conséquences ...


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Un colloque sur les mutilations sexuelles féminines s’est déroulé fin février à la Préfecture du Rhône. Dressant un état des lieux sur des traditions ancestrales qui mutilent les femmes en leur enlevant tout ou partie des organes génitaux extérieurs, les divers intervenants ont mis en évidence l’actualité de ces pratiques tant en Afrique qu’en France, les terribles conséquences physiologiques et psychologiques occasionnées, les moyens mis en œuvre pour réparer médicalement. Excision, infibulation, autant d’interventions qui portent atteinte à la dignité des femmes, à leur statut d’être humain libre. A l’heure où l’on fête la femme dans toutes ses richesses, l’existence de tels usages, nous obligent à nous interroger sur l’impérieuse nécessité de dialoguer avec des populations pétries de coutumes et sur nos moyens d’action pour que soient éradiquées de telles pratiques.


Le poids des traditions

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Les mutilations sexuelles féminines sont une réalité en 2007, elles sont encore pratiquées dans de nombreux pays d’Afrique, dans la péninsule arabique en Malaisie, en Indonésie et dans les pays occidentaux qui accueillent des populations immigrées de ces pays. Dans le monde, on estime à 130 millions le nombre de femmes ayant subi ces mutilations, en France, 35 000 filles, 2 500 fillettes pour le seul département du Rhône risquent de les subir. Les traditions perdurent et ce malgré le risque de sanctions pénales. Pourquoi au XXI ème siècle, ces mutilations sont-elles encore exécutées ? Anthropologues, sociologues sont unanimes sur la complexité de ces rites qui prennent leurs racines bien avant l’apparition des religions monothéistes. Les mutilations sexuelles entrent dans une écriture corporelle. La femme pour être pure, « propre », préservée, plus féconde, doit ôter tout signe sexuel extérieur. La fillette métamorphosée, appréhende dans la douleur son nouveau statut qui lui donne sa place au sein du groupe. Contrairement aux idées reçues, les hommes ne sont pas vraiment concernés par ces pratiques même si elles leur permettent de maîtriser la sexualité féminine. Ce sont les femmes de la communauté qui perpétuent les traditions, contactent l’exciseuse, organisent la fête et assurent le respect des ancêtres et de la religion. Beaucoup pensent à tort que la religion islamique exige ce sacrifice. Depuis plus de 20 ans, les mentalités changent et les mutilations sexuelles apparaissent comme barbares aux yeux des nouvelles générations de femmes africaines qui se battent sur le terrain pour abolir ces pratiques d’un autre temps. Mais les us et coutumes ont la peau dure et un énorme travail d’information reste à faire. Le combat est le même pour celles qui vivent en Occident


Des vies bouleversées

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Seuls les mots des femmes mutilées peuvent expliquer les souffrances. Bravant le regard des autres, elles prennent la parole et confient douleur et séquelles qu’elles vivent au quotidien. Au-delà de la peur, de l’angoisse, elles se souviennent de la douleur intense, quasi insoutenable, du sang et des brûlures à l’émission d’urine. La majeure partie de ces opérations sont réalisées sur des fillettes de 6 à 10 ans mais certaines s’effectuent à partir de 40 jours (le bébé est censé ne pas ressentir la douleur) jusqu’à l’âge adulte. Les conditions d’hygiène souvent déplorables entrainent de multiples infections vulvaires, urinaires qui mal soignées dégénèrent en septicémies entrainant une stérilité ou parfois la mort. Il existe deux grands types de mutilations : l’excision avec l’ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres et l’infibulation qui complète l’excision par l’ablation des grandes lèvres, les cotés étant ensuite cousus ne laissant qu’une minuscule ouverture pour l’écoulement des urines et des règles. Dans cette hypothèse, la femme sera incisée pour son mariage puis recousue jusqu’à l’accouchement. Dans tous les cas, les femmes apprennent à vivre avec des douleurs plus ou moins quotidiennes, elles rencontrent des problèmes lors de la mise au monde de leurs enfants et souffrent souvent d’anxiété. Les professionnels médicaux occidentaux sont peu préparés à ce type de patientes d’où l’importance de l’information des acteurs de la santé, des travailleurs sociaux, des assistantes sociales. Mais il existe une autre difficulté, aujourd’hui, explique un médecin, comment expliquer à une jeune femme née en France qui vient pour un examen de routine qu’elle a été excisée, que cela a été fait très jeune ce qui explique qu’elle n’en garde aucun souvenir. Le choc est terrible et destructeur. Elle ne comprend pas cette mutilation.


La prévention avant tout

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Les lois interdisant les mutilations sexuelles existent dans 15 pays africains comme en France où l’arsenal du Code Pénal permet de condamner ces pratiques. 34 procès ont eu lieu dans l’hexagone depuis 1979, une exciseuse a été condamnée à 5 ans de réclusion criminelle et dernièrement une jeune femme a dénoncé son exciseuse pour éviter que sa petite sœur ne subisse le même sort. La loi d’avril 2006 apporte un vrai coup de pouce avec le délai de prescription porté à 20 ans après la majorité, la possibilité d’appliquer la loi française au mineur étranger vivant en France même si l’infraction a été effectuée à l’étranger et la levée du secret professionnel en cas d’atteintes sexuelles. Le législateur a prévu une possibilité de poursuite du professionnel en cas de non dénonciation. Toutes les associations qui œuvrent pour l’abolition des mutilations préfèrent la voie du dialogue, de la persuasion avant tout recours à la voie juridique. La répression crée un système parallèle qui œuvre dans l’ombre et génère un sentiment identitaire où les traditions apparaissent comme un rempart. Concrètement, les abolitionnistes mènent une vraie croisade de terrain, multiplient les réunions d’information grand public, les lieux d’accueil et d’écoute pour les femmes et sensibilisent tous les acteurs sociaux au problème (médecins, sages-femmes, infirmières, assistantes sociales, enseignants, animateurs socioculturels…), un seul crédo : faire bouger les mentalités et amplifier le mouvement tendant à l’éradication des mutilations sexuelles.


Le chemin de la reconstruction

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Difficile d’imaginer un recours médical lorsque l’on a été excisée. Pierre Foldès, chirurgien urologue découvre les mutilations sexuelles dans les années 80. Rien n’a jamais été fait dans ce domaine. En s’appuyant sur son expérience de réparation de la verge, il élabore une technique réparatrice du clitoris. En 20 ans, 2100 femmes ont franchi le pas et trois quarts d’entre elles estiment, outre la réparation esthétique, qu’une grande partie des douleurs ont disparu et qu’elles ont retrouvé le chemin du plaisir. Pierre Foldès affirme que la reconstruction est toujours possible, il rassure quant aux éventuelles complications qui sont très rares. Depuis 2004, l’opération est remboursée par la Sécurité Sociale. Aujourd’hui, il a formé des confrères qui exercent dans toute la France. Le chirurgien précise toutefois que ces opérations ne peuvent se réaliser sans un accompagnement psychologique. Choisir la chirurgie réparatrice c’est transgresser les coutumes, réactiver la mémoire et la douleur, un encadrement de ce cheminement personnel est impératif pour assurer la réussite totale de l’opération.





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En 2007, il est difficile d’admettre que des pratiques d’un autre temps perdurent. Des femmes africaines ont initié ce mouvement tendant à l’éradication des mutilations sexuelles féminines, elles sont épaulées depuis longtemps par des occidentales. Faire évoluer les mentalités sans condamner en bloc les coutumes, éviter l’exclusion d’une communauté et, en Europe au moins, éviter aux fillettes de subir ce rite sanglant, sont autant de pas vers l’éradication d’un phénomène qui appartient à l’héritage traditionnel de nombreuses populations dans le monde.


Pour en savoir plus

AFABH : Association des femmes africaines de Bron et de tous horizons
Maison de la femme 94, avenue St Exupéry 69 500 Bron

G.A.M : Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles
66, rue des Grands Champs 75020 Paris
http://perso.orange.fr/..associationgams/index

Commission pour l’abolition des mutilations sexuelles
6, place St Germain des Prés 75006 Paris
http://www.cams-fgl.org

Hôtel Dieu
Service urologie du professeur Randrand
Place de l’hôpital 69002 Lyon
http://www.chu-lyon.fr/


A lire

L’excision de Françoise Couchard Que sais-je 8 €

2226168044

Victoire sur l'excision d'Hubert Prolongeau
Pierre Foldès, le chirurgien qui redonne espoir aux femmes mutilées, Préface de Bernard Kouchner Editions Albin Michel 16 €




9782915056358

Mutilée Kady, Marie Thérèse Cuny Editions Oh 18 €
Un témoignage bouleversant sur l’excision, un fléau qui concerne chaque année 2 millions de jeunes filles.


 
08/03/07 par : Frédérique ROLAND

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