Lyon

Prostitution : C’est combien pour rester ?

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Jeudi 12 juillet, aux alentours de 20h, des camionnettes de prostituées sont embarquées par la fourrière sur arrêté préfectoral. Raison officielle : infraction routière ; officieusement la prostitution fait tâche dans le paysage lyonnais. A peine arrivé, le Préfet Jacques Gérault monte le ton et prend des initiatives. Des décisions pas au goût de tout le monde...


Jeudi 12 juillet, aux alentours de 20h, des camionnettes de prostituées sont embarquées par la fourrière sur arrêté préfectoral. Raison officielle : infraction routière ; officieusement la prostitution fait tâche dans le paysage lyonnais. A peine arrivé, le Préfet Jacques Gérault monte le ton et prend des initiatives. Des décisions pas au goût de tout le monde.

A Lyon, elles sont environ 500 à vendre leur corps tous les soirs. Pas plus qu’il y a dix ans et pas mieux considérées. Elles sont passées du quai Rambaud au Marché de Gros en passant par Perrache. Elles ont abandonné le trottoir pour se parquer dans des camionnettes. Elles se sont pliées à toutes les exigences de la mairie et des collectivités locales. Mais on ne veut toujours pas d’elles. « Il n’est pas acceptable que des familles et des enfants soient soumis au spectacle sordide de la prostitution » a déclaré le Préfet Jacques Gérault lors de son opération « coup de poing » du 12 juillet. En l’espace d’une heure, une cinquantaine de policiers et dix camions de la fourrière ont investi la sortie du marché de Gros, côté Perrache. Ils ont enlevé dix sept camionnettes selon la Préfecture, près de quarante selon l’association CABIRIA. Comme à chaque fois, elles sont revenues le lendemain.
L’opération de lutte contre la prostitution de jeudi dernier reste très mal vue. Les associations s’énervent de ne pas avoir été prévenues. Pour Jérôme Expuesto de l’action de santé communautaire avec les personnes prostituées, aucun dialogue n’est possible avec la Préfecture : « Ils ne veulent pas discuter avec nous du problème. La preuve, nous avons été alertés de cette opération de police par les médias ». Sur place, les prostituées n’ont pas compris. Elles ne supportent plus ces embarquements réguliers : « J’ai trois enfants, je suis aide soignante en gériatrie. Je suis là parce qu’avec mon boulot je ne gagne que 700 euros par mois alors qu’on nous foute la paix ! ». De la tranquillité, c’est ce qu’elles veulent puisqu’on ne leur trouve pas de solutions pour s’en sortir.
Une solution ? Chacun croît l’avoir. La Préfecture et les institutions veulent multiplier les contrôles pour faire respecter la loi. Pour Jacques Gérault, « il faut montrer qu’il y a des règles à respecter dans ce pays ». Le parti socialiste prévoyait même, en cas de victoire aux élections présidentielles, d’interdire toute forme de prostitution. Les prostituées elles, attendent le retour des maisons closes : « Au moins, on pourrait travailler légalement et on aurait un toit sur la tête ». Une attente désespérée pour Jérôme Expuesto. « Il faut surtout disperser les groupes. Aujourd’hui, près de 80% d’entre elles sont entassées au marché de Gros. C’est devenu un vrai ghetto ». Des ghettos alignés par nationalités en marge du centre-ville. Si les riverains sont exaspérés, Dahoud, lui, Lyonnais d’origine, n’accepte pas l’excuse des enfants évoquée par le Préfet : « Les enfants ne traînent pas dans ce quartier alors qu’on arrête de prendre nos chères petites têtes blondes comme excuses pour les rafles policières ! »
Chacun a son opinion, chacun tente de trouver des solutions mais, au fond, tout le monde s’en moque du moment que l’ordre public n’en souffre pas. Et c’est bien là le souhait de ces femmes du soir qu’on les laisse travailler tranquille ou qu’on leur donne un quartier où elles pourraient exercer sans crainte. Elles ne demandent rien d’autre.

L’univers des « bordels »
Les maisons closes ont toujours existé. En France, on a ouvert, dès l’antiquité des espaces publics où étaient regroupées les femmes de joie. Au fur et à mesure du temps, ces espaces ont changé de statut : des maisons de luxe pour la clientèle « raffinée » et des maisons d’abattage pour les clients plus rustiques. Ces maisons étaient surtout des lieux d’inspiration pour les peintres et les poètes. C’était aussi le moyen, pour les jeunes hommes de bonne famille, de perdre leur virginité. Elles étaient autorisées par le Préfet de police et dirigées par une « maîtresse de maison » qui tenait un registre de ses pensionnaires et s’occupaient des contrôles sanitaires obligatoires. Tout était réglementé et personne ne s’y opposait jusqu’au XXe siècle. Marthe Richard, ex-prostituée dépose devant le conseil municipal un projet pour la fermeture des maisons closes, le 13 décembre 1945. Un an plus tard, le projet est voté, environ 1400 établissements ferment leurs portes dont 180 à Paris. L’exploitation de la prostitution devient interdite en France.
Si aujourd’hui, de nombreux pays européen fonctionnent sous cette réglementation, d’autres autorisent encore les maisons closes. Aux Pays-Bas, l’interdiction des établissements remontait à 1912 mais la loi était peu respectée. La fermeture a donc été levée le 1e septembre 2000. Les personnes prostituées bénéficient désormais de la même protection sociale que les autres salariées, elles peuvent signer des contrats de travail et ont accès au chômage. Il en est de même en Allemagne. Depuis 2002, les prostituées peuvent travailler dans des maisons de passe où elles ont une protection sociale, médicale et le droit à la retraite. Lors de la coupe du monde de football 2006, une maison close a ouvert ses portes près du stade olympique de Berlin. Une maison de luxe de 2000 m² avec salles de cinéma et sauna. Dans ces pays, la prostitution est un vrai business.

www.feministes.net/prostitution_lyon.pdf
www.rhone-alpes-auvergne.france3.fr/info/32785732-fr.php
www.cabiria.asso.fr
www.mouvementdunid.org


 
18/07/07 par : Aurélie BEAU

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