Lyon
Fichés avant manif à Vichy
Au moment de rejoindre les cars qui devaient les emmener à Vichy pour une manifestation contre Brice Hortefeux et sa politique d’immigration, des militants lyonnais ont été cueillis par les forces de l’ordre, qui souhaitaient d’abord prendre quelques renseignements.
Hortefeux à Vichy
Lundi en début d’après-midi, devant la Brasserie Georges, quartier Perrache. Deux cars attendent d’être remplis pour partir vers Vichy. La tristement célèbre sous-préfecture de l’Allier est aussi le fief électoral de Brice Hortefeux. Le ministre de l’Immigration, de l'Intégration, de l'Identité Nationale et du Développement Solidaire y a invité ses collègues européens pour la troisième conférence ministérielle européenne sur l'intégration, qui intervient après l'adoption du Pacte européen sur l'immigration et l'asile, le 16 octobre dernier à Bruxelles. Un sommet sur la politique européenne d’immigration, en somme.
Pour protester contre ce sommet, une grande manifestation est prévue à 18h, à l’appel d’un collectif éclectique qui va de RESF à la CGT, du Mrap à la CNT, du PS à la Ligue des droits de l’homme, ou encore de SUD-Etudiants au Syndicat des avocats de France. Devant la Brasserie Georges, ce sont les manifestants du « Collectif lyonnais contre le sommet de Vichy » qu’attendent les deux cars. Ils se rendent dans l’Allier pour « dénoncer un discours de façade, derrière lequel il y a le durcissement des politiques européennes d’immigration »
Mauvaise surprise
Jusqu’ici tout va bien, comme dans le film de Mathieu Kassowitz. Mais devant les cars, des policiers en faction, qui attendent la centaine de militants. Pour monter dans le car, il faut d’abord décliner son identité. Et son adresse. Et se soumettre à une fouille au corps, pour les hommes. Les premiers passent entre les mains des gardiens de la paix. Les autres refusent. Protestent. Parlementent. Une grosse demi-heure plus tard, et peut-être pressés par l’arrivée des premiers journalistes, les forces de l’ordre abandonnent, décident de seulement procéder à une vérification des cars. Qui peuvent finalement partir pour Vichy, avec trois quarts d’heure de retard.
Explications ?
Que s’est-il passé exactement ce lundi devant la Brasserie Georges ? Rien, selon le commissaire de la Sécurité publique chargé de l’opération. Selon lui, les policiers étaient présents pour d’autres raisons, pas par hasard mais presque : « nous avons une réquisition du Procureur de la République pour la journée de lundi dans tout le secteur de Perrache. Nous recherchons des personnes », explique-t-il à nos confrères de Lyon Capitale. Il y aurait eu des incidents dans le quartier. Les militants, eux, ne croient pas un mot des raisons invoquées pour justifier les contrôles. Ils dénoncent, au contraire, un dispositif qui avait pour unique but de ficher les acteurs de mouvements sociaux contestataires.
Epilogue
A 18h, c’est plus de 2 000 personnes qui manifestaient à Vichy. Cinq voitures ont été brûlées, des vitrines brisées. Des pierres ont visé les CRS, qui ont répondu par des tirs de grenades lacrymogènes. Vers 19h30, tout le monde était dispersé. Trois policiers ont été blessés, et une trentaine de personnes interpellées. Quatre d’entre elles portaient des uniformes rayés de prisonniers et des étoiles avec les inscriptions « sans papiers » et « étrangers ».

