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Gérard Hernandez : le saltimbanque tout terrain
Qui ne connait pas la voix ou les moustaches de Gérard Hernandez ? Peu de monde, tant l’acteur a roulé sa bosse sur des plateaux de cinéma, de télévision, sur les planches et les studios de doublage. Il est à l’affiche sur la scène du Théâtre Tête d’Or où il joue l’imbuvable mari de Jacqueline Bœuf dans Potiche de Barillet et Grédy. Gérard Hernandez n’a pas de montre et, au feeling...
Qui ne connait pas la voix ou les moustaches de Gérard Hernandez ? Peu de monde, tant l’acteur a roulé sa bosse sur des plateaux de cinéma, de télévision, sur les planches et les studios de doublage. Il est à l’affiche sur la scène du Théâtre Tête d’Or où il joue l’imbuvable mari de Jacqueline Bœuf dans Potiche de Barillet et Grédy.
Gérard Hernandez n’a pas de montre et, au feeling, il est arrivé très avance à notre rendez-vous. Du coup, il est reparti faire un petit tour, histoire de prendre l’air et regarder le grand spectacle de la vie. Depuis un mois il répète Potiche, une pièce que les auteurs ont écrite pour Jacqueline Maillan. Jacqueline Bœuf reprend pour la première fois ce petit monument du théâtre de boulevard. Gérard s’apprête à endosser, jusqu’à fin décembre, le costume du mari : un bonhomme odieux, macho qui se moque du monde ! Cela enchante l’artiste qui avoue adorer jouer les rôles de salaud. Rencontre avec ce saltimbanque tout terrain qui cache sa sensibilité sous un humour décapant !
LG : C’est la 1ère fois que Potiche est rejouée depuis Jacqueline Maillan
GH : La pièce a été écrite pour elle. Sur scène Jacqueline faisait du Maillan, le public était là pour ça. Jacqueline Bœuf en fait quelque chose de très différent, plus près du texte. C’est drôle mais tout en nuance, pas de grande cavalerie. En plus, je trouve la pièce très moderne. Transposée aujourd’hui dans un contexte politique, c’est l’histoire de Ségolène Royal. Bon, je ne sais pas si François est aussi odieux que mon personnage !
LG : Comment avez-vous commencé ?
GH : Les heureuses circonstances de la vie ! Parallèlement à un job de bibliothécaire, je donnais des cours d’espagnol. Quelqu’un est venu me demander si je ne connaissais pas un élève parlant peu le français avec un fort accent pour un film. J’ai cherché en vain. Du coup, j’y suis allé sans dire que je parlais couramment le français. C’était un film d’Yves Allégret, avec Gérard Philippe, Charles Denner, Marcel Bozzuffi, Jean Lefèvre qui débutait. Tout le monde essayait de me faire comprendre mon rôle croyant que je ne comprenais que l’espagnol. Je les ai tous bluffé ! Le dernier jour du tournage, je suis arrivé en criant « salut tout le monde », Allégret a beaucoup ri. C’est peut-être ce qui l’a décidé ensuite à m’engager pour sa première pièce de théâtre.
LG : Vous avez débuté avec les meilleurs
GH : Oui. Mais après j’ai fait le difficile et refusé plein de rôles. A la fin, plus personne ne me contactait, j’ai repris des petits boulots pour vivre avant de reprendre le chemin du théâtre. Une amie m’a poussé à auditionner dans un cabaret, il y avait un type au piano qui s’appelait Gainsbourg. J’ai improvisé et déliré, j’ai été retenu. Il m’arrivait de faire jusqu’à 5 spectacles d’une heure chaque soir.
LG : On vous classe plutôt dans les comiques
GH : Espagnol d’origine, j’ai appris le français à l’école. On se moquait de mon accent. Je me suis aperçu que si je faisais rire on me fichait la paix, mieux, j’attirais l’attention. Quand on a un filon, on ne le lâche pas. Mais j’ai aussi joué des rôles de méchant. Dans Potiche, je suis carrément imbuvable.
LG : Vous touchez à tout : cinéma, télévision, voix pour les dessins animés, théâtre, écriture.
GH : j’ai même joué dans une opérette ! Au fond, j’aime la diversité de ce métier. Pour le dessin animé, on crée une voix, c’est un challenge qui demande d’être efficace tout de suite. Des muppets, au grand schtroumpf en passant par les Walt Disney, j’ai pris beaucoup de plaisir. Quant à l’écriture, j’ai fait des sketchs, des textes pour la pub. Il faudrait que je reprenne la plume un de ces jours. Je n’ai jamais planifié ma carrière, je me suis laissé guider par mon feeling. Il y a eu du bon et du moins bon.
LG : Gérard Hernandez quand il ne travaille pas ?
GH : Je suis un grand fainéant. J’adore me balader, regarder les gens, prendre des idées. Un acteur n’invente rien, il s’approprie une situation qu’il a vue ou entendue. Je suis un contemplatif.
LG: Si vous n’aviez pas été acteur ?
GH : J’aurais aimé être peintre, j’ai essayé mais je me suis vite rendu compte que j’étais nul. Quand on est gosse, on voit un joueur de foot, on veut devenir pro, un combattant du feu, on rêve d’être pompier. Mon métier me permet de vivre plein de vies, de devenir un autre même si cela ne dure pas. C’est formidable d’être un jour assassin, le lendemain un maire ou un curé, un gentil, un affreux.
LG : Vous paraissez en retrait du star système, presque sauvage
GH : J’ai peu d’amis dans la profession : Jean Poiret mais il est parti trop tôt, Bernard Giraudeau. En fait, c’est dur l’amitié. On est toujours déçu, on attend trop, les coups font mal. Je suis devenu méfiant.
Gérard Hernandez se lance dans l’arène dès ce soir pour une avant première, histoire de se roder. Il restera presque deux mois à Lyon. C’est une nouveauté pour lui qui séjourne peu de temps en province. Cet amoureux des arts, ce curieux de nature va prendre le temps de visiter le Musée des Beaux Arts, d’apprécier en gourmet les richesses de la cuisine lyonnaise, de flâner le nez au vent et grappiller de-ci, de-là des expressions, des mots pour enrichir sa mémoire d’acteur. Bienvenue Monsieur Hernandez
Potiche de Barillet et Grédy
Du 10 novembre au 1er Janvier
Mise en scène de Jacqueline Bœuf
Avec Jacqueline BOEUF, Gérard HERNANDEZ, Michel JEFFRAULT, Elisabeth OULIE, Dominique MEROT, Guillaume DENAIFFE, Stéphane GARCIA.
Théâtre Tête d’Or
Avenue de Saxe 69003 Lyon
Réservation : 04 78 62 96 73
http://www.theatretetedor.com/
