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Frédéric Edelstein : l’homme qui parle aux fauves
Le front ceint d’un bandeau noir, vêtu d’un habit de lumière, il entre seul au milieu d’une quinzaine de fauves lions, tigres, mâles, femelles pour présenter un numéro unique en Europe sur la piste du cirque Pinder. Frédéric Edelstein est le dompteur le plus médiatique de France. Charismatique, passionné lorsqu’il parle de son métier, il a même réussi à transmettre sa passion à la belle Adriana Karembeu qui rêve de prendre la route aux côtés des fauves. Rencontre avec un homme qui a fait de sa vie un rêve et de son rêve une réalité.
Le lyonnais les mène par la moustache
Vous êtes un enfant de la balle ?
Oui et non. Je suis né à Lyon. Mon père était restaurateur, rue Auguste Comte. Il servait très tard le soir. L’endroit était chaleureux, on y passait un bon moment. Tous les artistes qui se produisaient à Lyon terminaient la soirée chez lui pour manger un morceau. C’est comme cela qu’il a rencontré Jean Richard. Ils sont devenus amis. J’ai découvert l’univers du cirque à l’âge de 5, 6 ans. Papa fût concessionnaire pour le cirque puis commercial. Jean lui avait transmis le virus. En 1983, j’ai 12 ans lorsqu’il rachète le cirque Pinder Jean Richard. Pas question pour ma jeune sœur Sophie et moi de partir sur les routes. Mes parents voulaient que nous suivions une scolarité normale. Mais dès que les vacances scolaires arrivaient, je filais rejoindre le cirque, la vraie vie quoi !
Vous avez été toujours été attiré par les fauves ?
J’ai toujours traîné autour des cages. Je regardais le dresseur, j’étais fasciné. En cachette, avec lui, je leur donnais à manger, à boire. J’admire leur force, leur puissance, leur caractère sauvage. Ils ne m’ont jamais fait peur.
L’entrée dans la cage s’est faite comment ?
J’avais 14 ans. Mon père, qui avait repris le cirque depuis deux ans, a dû se séparer du dresseur. C’était l’été, j’étais en vacances. Pour régler des problèmes administratifs, Papa a du repartir à Paris. Il n’y avait plus personne pour présenter le numéro avec les tigres. Fort de mon statut de fils du patron, j’ai demandé en toute inconscience que l’on monte la cage pour répéter. Le personnel était pris entre la peur de me voir dévorer et ma volonté de relever ce défi. Ils ont joué le jeu. Tout c’est très bien passé. Le soir, je présentais le numéro que je connaissais par cœur avec 8 tigres. Le trapéziste de la troupe m’a confectionné, dans l’après midi, une ceinture avec des strass et des paillettes, des brassards et le bandeau que je porte toujours aujourd’hui. J’ai mis un pantalon et des bottes d’équitation. Il faisait chaud, j’étais tout bronzé, je suis rentré sur la piste torse nu. J’étais le roi du monde !
La réaction de votre père ?
Il a été prévenu au bout de 10 jours par un de ses amis venu voir le spectacle. Il a appelé Papa pour le féliciter. Il était furieux et inquiet. « Je n’ai pas mis au monde un fils pour qu’il se fasse bouffer par un lion ». Il m’a puni. D’habitude, je rentrais en classe avec retard car le cirque s’arrêtait 15 jours à Bordeaux. Là, on profitait de cette longue halte après la saison d’été où chaque jour le cirque est dans une ville différente, pour faire une pause avant de reprendre les cours. A Bordeaux, je retrouvais ma petite amie Sandra qui allait devenir ma femme. Ce fût très dur ! Mais, j’ai eu la chance de rencontrer un des maîtres du dressage Dick Chiperfield qui m’a pris sous son aile et m’a formé. Papa a fini par accepter mais je devais poursuivre mes études, c’était la condition pour vivre ma passion.
Vous vous destiniez à quoi ?
L’informatique ! Ce monde me parait totalement étranger aujourd’hui. Je suis un vrai saltimbanque, j’adore sillonner la France, vivre dans ma caravane. Je n’aurais jamais pu rester enfermer dans un bureau. Mais, j’avoue que mes parents ont eu raison de ne pas céder et de m’obliger à poursuivre un cursus scolaire classique. Je fais la même chose avec mes 2 enfants Alexandre et Amaya. Cette scolarité classique m’a permis d’acquérir des bases indispensables. Outre mon numéro avec les fauves, j’assure la direction du cirque. Mon père a racheté un cirque en faillite en 1983; Aujourd’hui Pinder, c’est une entreprise de 147 salariés. Nous visitons 180 villes par an et accueillons plus de 2 millions de visiteurs. Il n’y pas de secret, seulement du travail et une gestion rigoureuse.
Quelles sont les qualités d’un dresseur ?
Aimer profondément les bêtes avec lesquelles il vit. Il faut avoir un vrai feeling avec les fauves, une vraie complicité, cela ne s’apprend pas. Après, comme tout travail avec un animal, il faut savoir être patient, jamais brutal, répéter et récompenser. J’ai l’impression d’être un maître d’école, j’ai des élèves plus ou moins doués, plus ou moins joueurs, plus ou moins caractériels. Je compose avec chacun tous les jours sans jamais oublier que les fauves demeurent des bêtes sauvages et très dangereuses. Mon art, si c’en est un, est de faire croire au public que ce sont de très gros chats, tout doux.
Avez-vous déjà eu peur ?
Non. Bien que j’ai été blessé, griffé mais je n’ai jamais éprouvé de la peur. J’ai un tempérament casse-cou. Quand j’ai effectué mon service militaire, j’ai opté pour les paras, je voulais voir ce que c’était. Depuis trois ans, je bâtis un numéro où je mixte lions et tigres, mâles et femelles. Le mélange peut-être détonnant. Aujourd’hui, ils sont 16, j’aimerais quitter Lyon en en présentant 20 en même temps.
Adriana Karembeu et les fauves, ce n’est pas un coup médiatique ?
Pas du tout. Adriana a toujours été fascinée par les félins, elle voulait rentrer dans une cage, elle n’a pas hésité à me contacter. Difficile de refuser ! Elle avait des atouts pour réussir : elle est grande, son accent slave est un plus lorsqu’elle donne des ordres aux animaux et elle était très motivée. Le reportage de TF1 n’est intervenu que plus tard. Elle a un vrai feeling avec les fauves. Nous avons travaillé pour qu’elle participe à part entière au numéro. Elle est douée et veut poursuivre l’expérience ! J’avoue qu’avoir Adriana comme coéquipière n’est pas pour me déplaire !
Pinder
Jusqu’au 27 avril
Quai Perrache (près du marché Gare) 69002 Lyon
Pour en savoir plus
http://www.cirquepinder.com/
