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Marie-Christine Barrault est Madame de Maintenon
Lundi 5 mai pour une dernière fois à Lyon, au Théâtre Tête d'Or, la comédienne Marie-Christine Barrault sera la voix d'outre-tombe de Madame de Maintenon, la plus connue et sans doute la plus importante des maîtresses de Louis XIV. Le roman de Françoise Chandernagor, L'Allée du Roi, ici mis en scène par Jean-Claude Idée, raconte la formidable épopée de celle qui, pourtant née en prison, deviendra l'épouse secrète du roi.
4 jours pour apprécier une performance d’artiste
Pendant plus de deux heures, l'interprète de "Cousin, Cousine" jongle avec les perruques et les beaux costumes pour camper "la belle indienne" aux différents moments de son existence mouvementée. Un rôle qui va comme un gant à Marie-Christine Barrault, femme d'action et d'esprit, qui a volontiers répondu à nos questions.
Lyongratuit : L'Allée du Roi est un écrit particulièrement connu, adapté au théâtre, à la télévision, édité et réédité… Comment la pièce a-t-elle été reçue dans les villes (Perpignan, Vierzon, Cannes…) où vous l'avez déjà jouée ?
Marie-Christine Barrault : Toujours excessivement bien. Je pense que c'est parce que l'histoire est très très intéressante ; et puis les gens sont toujours un peu exaltés par le coté performance, une seule actrice sur scène pendant plus de deux heures, à jouer tous les rôles… A chaque fois, avec le public, ça a été très fort. Et puis la pièce est très complète. Chaque moment est une étape de la vie de Madame de Maintenon, le spectateur la voit à travers les âges par une sorte de flash-back. J'adore ce côté saga, et je pense que le public aussi. Elle s'accomplit devant nous, ce qui est très rare au théâtre.
Comment s'est passé le travail de mise en scène avec Jean Claude Idée ?
C'est un peu particulier parce que Jean-Claude Idée a déjà monté cette pièce, au moins deux fois, une fois avec l'actrice française Geneviève Casile il y a quinze ans, et une fois avec l'actrice belge Jacqueline Bir. Donc je me suis un peu coulée dans le moule de la mise en place du décor, les costumes ont été refaits pour moi mais à l'identique de ce qu'ils avaient été la première fois, donc j'ai repris une exploitation qui existait déjà. Mais malgré ces contraintes extérieures, je me suis sentie très libre de rentrer dans le personnage et le travail avec J.C. Idée a été très précieux : quand on monte une pièce qui n'a jamais été montée, on découvre la pièce au fur et à mesure, il y a des écueils, tandis que là c'est rodé, il avait pour lui l'expérience. Et puis il m'a laissé prendre mes aises. C'est aussi très agréable de jouer avec des beaux décors, de beaux costumes, même si la robe de base, très simple, est magnifique.
C'est une pièce assez physique, dans laquelle vous vous changez souvent : ce n'est pas trop dur tous les soirs ?
C'est assez physique mais ça pourrait être pire. Heureusement, les robes ne sont pas trop lourdes à porter. Mais c'est vrai que je les mets les unes après les autres… On s'est arrangés pour que ça prenne le moins de temps possible. Et puis, je me change devant le public, donc il est plus indulgent. Si ma perruque est de travers, comme je l'aurais mise devant les spectateurs, ils n'auront pas la même réaction que si je reviens des coulisses avec les cheveux en bataille.
Etre Madame de Maintenon, c'est incarner une femme de pouvoir, c'est parler de la puissance de la femme : que pensez-vous du rôle de la femme dans le monde d'aujourd'hui ?
Madame de Maintenon est un phare. Elle symbolise la promotion sociale, elle se donne les moyens d'avoir une situation. Les femmes d'aujourd'hui devraient faire de même. Choisir d'avoir une situation professionnelle, en faire le choix, et non pas que le destin décide à leur place. Je trouve qu'elles ne prennent pas le pouvoir qu'elles pourraient prendre. Il ne s'agit pas de dominer les hommes : je ne suis pas pour la guerre entre les hommes et les femmes ! Je ne suis pas une féministe pure et dure. Mais il s'agit de s'émanciper, de vivre sa vie indépendamment des hommes, de ne pas être dans leur ombre. Et pour cela, il ne faut pas dépendre de ses sentiments, ne pas faire ses choix en fonction de celui qu'on aime. J'ai éduqué mes enfants comme ça. Mais je trouve qu'en général, les femmes doivent se donner plus de mal que les hommes pour réussir. Rien ne leur est donné et aujourd'hui, elles ne se déploient pas autant qu'elles le devraient, et même, elles ne se pensent qu'en bonnes épouses et en bonnes mères. Il y a comme une régression par rapport aux années 70. On ne vit pas au bout de nos possibilités, et pourtant, personne ne peut faire exister les choses à notre place.
Même si Mme de Maintenon a tout, grâce à son intelligence et ses choix, elle est seule, elle n'est pas "reconnue". Comment vit-elle cela ?
Madame de Maintenon a fait des choses que même les reines n'avaient jamais tenté. C'est elle qui a créé Saint-Cyr ! C'était une vraie chef d'entreprise. Le roi lui accordait une très grande confiance. En même temps, c'était très compliqué d'être l'aimée du roi. Pour elle, chaque instant était réglé comme du papier à musique. Donc, à la fin de la journée, quand enfin elle se retrouvait enfin seule, elle était soulagée. Elle détestait la cour et ses faux semblants. Et puis la cour, c'est un monde inculte. Pour elle, femme très intelligente, qui a connu les salons, qui a commandé des pièces à Racine, c'est un désert intellectuel.
Mme de Maintenon a vécu plusieurs vies dans une seule en ne "mettant point de borne à ses désirs" : était-ce une femme de passion ou de raison en fin de compte ?
Je pense qu'elle avait un caractère passionné, mais qu'elle se reprenait par la raison. C'était un cœur noble. Elle vivait les choses pleinement mais elle savait faire la part des choses, se redresser pour ne pas être dominée par sa passion. Elle faisait preuve d'une grande intelligence et ne se laissait pas avoir.
Auriez-vous pu être Mme de Maintenon ?
Ah, je l'adore, elle est formidable ! Il y a plein de choses que j'aime en elle et dans sa vie : l'idée du destin, le fait d'aller au bout de soi, d'être une vraie amoureuse, son amour des enfants, son sens des valeurs… J'aurais pu l'avoir pour amie, mais je n'aurais pas pu être elle : je n'ai aucun sens politique ! Mais, même si elle n'est plus de ce monde depuis longtemps, je la fréquente régulièrement. Tous les personnages que j'ai incarnés, j'ai eu l'impression de les fréquenter plus que de me glisser dans leur peau. Je me nourris d'eux.
L'Allée du Roi, de Françoise Chandernagor, mise en scène de Jean-Claude Idée, avec Marie-Christine Barrault.
lundi 5 mai, à 20h45, au Théâtre Tête d'Or, 60, avenue du Maréchal de Saxe, 69003 Lyon.
Tarif unique : 40 euros.
Réservations au 04 78 62 96 73

